Geshe Losang Jamphel

jeudi 31 janvier 2008

Enseignant Résident Entretien avec Geshe Losang Jamphal "Je suis né le 1er Février 1961 au Tibet. Le village dans lequel vit ma famille se situe dans la région de Lhoka à environ une heure de route au sud de Lhassa sur la route de Lhassa-Tsetang.

Mes parents étaient de simple paysans travaillant la terre pour subvenir à leurs besoins. Pendant huit ans j’ai fréquenté l’école tibétaine locale jusqu’à mes 14 ans. Les cinq années qui ont suivies j’ai travaillé dans des chantiers de construction routiers et également dans les champs. C’était un travail dur et éprouvant. Pendant tout ce temps je n’ai jamais rencontrer une seule personne ordonnée, moine ou nonne. Ils semblaient tout simplement ne pas exister en ce temps là au Tibet central.

Cependant, depuis mon plus jeune âge, j’ai beaucoup entendu parler de la Sangha, des monastères et de la pratique du Bouddhisme par les personnes âgées du village et aux alentours. Ces histoires ont dirigé mon esprit jusqu’à un certain point et éventuellement généré le désir sincère de suivre la voie bouddhiste.

Après la mort de Mao Tsé Tung en 1976, l’emprise des chinois sur la liberté religieuse au Tibet diminua progressivement. Je pris alors secrètement les voeux de Getsul, l’ ordination novice, et en 1981 les voeux d’ordination complète, Gelong, au monastère de Ganden près de Lhassa. Notre groupe de tibétain fut le premier à prendre des voeux monastiques dans la province du U-Tsang depuis la domination chinoise en 1959.

Je me souviens encore, lors de notre premier voyage à Lhassa, la façon dont la foule de gens nous approchaient pour recevoir des bénédictions juste pour avoir le mérite de porter nos robes monastiques, une scène jusque là impensable à Lhassa depuis plusieurs années. Au début des années 80, la porte s’ouvrit pour les exilés tibétains et les résidents du Tibet occupé purent voyager, partir en pèlegrinage et rendre viste à leurs familles. L’affluence de personnes venant du monde extérieur apporta son lot d’informations, de rumeurs, d’histoires et des réalités de la vie en exile. Ceux qui parvenaient du monde extérieur étaient les témoins historiques et les premiers touchés par la tristesse de la situation au Tibet.

Ces histoires venant d’Inde m’influencèrent beaucoup. J’avais entendu dire que les trois grands monastères avaient été réétablit en exil avec le parcours traditionnel d’études et que les personnes étaient capable d’apprendre, de débattre, et de pratiquer ouvertement sans craintes de répressions. Au contraire ils étaient même encouragés à agir ainsi par le gouvernement et la communauté.

Réalisant à quel point était limité mon habilité à apprendre le Dharma au Tibet, le désir de quitter ma patrie afin de poursuivre des études bouddhistes en Inde s’éleva en moi. Plus que tout j’étais motivé par le souhait sincère de rencontrer Sa Sainteté le Dalai Lama, que la plupart des tibétains considèrent comme leur guide spirituel.

A l’âge de 22 ans, en 1982, je m’engageais dans le dur périple de deux mois à travers l’Himalaya pour rejoindre la frontière du Népal et devenir un réfugié. Du Népal nous avons ensuite été transféré au Centre de Réception de Dharamsala pour les nouveaux réfugiés arrivés. C’est ici que nous avons eu l’audience avec Sa Sainteté le Dalai Lama.

Je dois mentionner ici que je suis arrivé en Inde avec cinq autres moines du Tibet. Notre plan initial de se rendre tous les six au Monastère de Ganden a changé après que Sa Sainteté nous conseillent de suivre nos propres inclinations.

Je suis finallement parti pour le monastère de Sera avec l’un de mes amis. La même année j’ai donc rejoins la Tse Thang Tshen (une des différentes maisons de Sera) au Monastère de Séra dans le Sud de l’Inde, dans l’état de Karnataka. Les six premières années là bas ont été les plus difficiles de ma vie.

Même si j’ai toujours eu un grand enthousiasme et une forte détermination à continuer mes études, ma condition physique était si faible que je n’étais même pas sur de pouvoir poursuivre mes études. Le changement de climat entre les frais plateaux tibétains et la chaleur de l’Inde subtropical était difficile à supporter.

Ma situation financière n’était pas très bonne également. C’est seulement après 7 ans à Sera qu’une aimable personne anglaise pris en charge mon parrainage en m’envoyant l’équivalent de dix livres par mois. Plus tard, un allemand pris en charge mon parrainage. Après cela ma situation s’améliora de manière significative. Mes préoccupations matérielles cessèrent et je fus capable de consacrer tous mes efforts à mes études. Je suis vraiment reconnaissant envers ces personnes qui ont joué un rôle très précieux tout au long de mes études jusqu’à mon examen de Geshe.

Nous étudions en profondeur les grands textes du programme de Geshe. Tout ce temps j’ai étudié vraiment dur et dévoué tout mon temps libre aux débats et aux études personnelles. Le résultat fut que après avoir passé près de 20 ans en Inde, je ne connaissais même pas un seul mot en Hindi.

En 1998, j’ai passé avec succès mon examen de Geshe à Sera-je et en 1999, l’examen qui accorde le titre de Geshe Lharampa ( équivalent au doctorat en philosophie). Cette examen nommé "Monlam" est un débat philosophique qui a lieu avec l’assemblée des moines des trois monastères de Sera, Drepung et Ganden, il se déroule à peu près au Losar (le nouvel an tibétain).

J’ai continué mes études pendant encore un an à l’université tantrique de Gyuto et je les ai terminé en l’année 2000. J’ai ensuite consulté Drak Ri Dorje Chang Rinpoche de Sera Je à propos de mes futures plans. Son aide m’a été cruciale dans toutes les étapes importantes de ma vie et il me conseilla de travailler comme enseignant pour la Fondation de Préservation de la Tradition Mahayana (FPMT).

Lama Zopa Rinpoché considéra mes options et l’on m’indiqua que partir enseigner au monastère Nalanda serait la meilleure façon de bénéficier les étudiants occidentaux du Dharma . Je suis arrivé au monastère Nalanda le 11 Janvier 2000.

Je ne dirais pas ici quelque chose de très original mais quand je suis arrivé pour la première fois en Occident, j’étais grandement étonné par la propagation du développement du progès matériel, du bien-être, de la prospérité, la liberté et du développement social que ces pays ont atteint. Mais d’un autre côté, j’ai été surpris du niveau d’anxiété, d’angoisse et de mal-être dans les yeux des personnes vivant ici. L’inéquilibre entre le bien-être extérieur et le mal-être intérieur m’a vraiment frappé.

Afin de subvenir à leurs propre besoins et à ceux de leur famille et de se permettre un mode de vie particulier, les gens doivent travailler vraiment dur en Occident. Plus les gens ont de possessions plus ils s’en réjouissent, et plus ils semblent en dépendre et éventuellement cette dépendance les enferme dans un cercle vicieux.

Cela peut paraître un peu subjectif mais j’ai l’impression que en dépit de la pauvreté frappante et de tous les problèmes matériels qu’ils rencontrent, les gens semblent plus heureux en Inde ou même au Tibet. A un niveau superficiel, ce dilemme occidental d’avoir si peu de problèmes matériels mais d’avoir plus d’anxiété , d’insatisfaction et de mal-être intérieur me paraît évident.

Le flot de visiteurs recherchant conseils et assistance dans leurs vies, ainsi que le type de problèmes et difficultés qu’ils rencontrent démontre clairement cela.

Une autre caractéristique pour moi fut l’intéret particulier de beaucoup d’étudiants bouddhistes en Occident pour les enseignements tantriques et les initiations au dépend d’enseignements plus basiques. C’est à croire qu’ils aient déja tout appris ce qui n’est pas souvent le cas. Cette attitude me paraît erronée et inadéquate.

Cela n’est pas pour remettre en question l’importance du Vajrayana. Mais il est dit que les enseignements des Sutras doivent être appris, contemplé, et médité avant tout. Les sujets tels que le LamRim, Bodhisattvacharyavatara, Lo Jong etc doivent être étudié en premier lieu.

Sans ces bases d’apprentissage et de compréhension, je pense qu’il est plutot insensé si ce n’est présomptueux d’espérer atteindre des réalisations par la pratique tantrique.

Pour paraphraser un dicton tibétain : " le délice d’une friandise est due à la bonté du beurre, de même la profondeur des enseignements du Tantra doit pareil gratitude à la bonté des Sutras."

J’apprécie vraiment d’être ici au monastère Nalanda. C’est un très bel endroit avec un grand potentiel. Il y a un groupe principal d’environ dix moines occidentaux intéressés et dédiés à l’étude du Dharma. La discipline des moines est excellente et l’ambiance est amicale, accueillante et appropriée pour des études sérieuses.

Je vois mon principal objectif ici comme établir un programe d’étude sérieux qui soit appropié à un établissement monastique.

Je vous souhaite un grand bonheur et du succès dans votre pratique du Dharma.

Rappelez vous’il vous plaît d’étudier et de tirer avantage des enseignements qui sont donnés.

Aussi, s’il vous plaît, soyez sur d’appliquer ces enseignements dans tous les aspects de votre vie.


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Nalanda Monastery, Rouzegas, Labastide St. Georges, 81500 Labastide Saint Georges, France.


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